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Des droits à la justice : ces femmes qui font avancer les droits des femmes en Afrique de l’Ouest et du Centre
Chaque 8 mars, la Journée internationale des droits des femmes rappelle une réalité essentielle : si cette journée reste nécessaire, c’est que les droits des femmes demeurent fragiles. Ils ne deviennent réels que lorsqu’ils sont défendus, expliqués et rendus concrets dans les espaces où la vie se joue vraiment.
En Afrique de l’Ouest et du Centre, ces espaces sont multiples : une salle de classe, une école inclusive, une communauté, ou encore un outil numérique permettant d’accéder à une information fiable. Dans le cadre du programme Our Rights, Our Lives, Our Future (O3) de l’UNESCO, des femmes aux parcours différents contribuent chaque jour à faire avancer la justice pour les femmes et les filles. Jeunes leaders, enseignantes, ou actrices religieuses et communautaires, elles traduisent les droits en protection, en confiance, en dialogue et en pouvoir d’agir.
À Mopti, au Mali, Safiatou, 15 ans, a vu une camarade déplacée disparaître soudainement de la classe. Elle a d’abord pensé que sa famille avait encore dû fuir. À cette époque, elle-même avançait avec des informations incomplètes et de nombreuses croyances erronées sur la santé sexuelle et reproductive. Puis, en 2024, un enseignant récemment renforcé avec l’appui de l’UNESCO dans le cadre du programme O3 a abordé ces questions en classe, de manière claire, directe et utile. Ce cours a été un déclic. Safiatou a ensuite appris que sa camarade avait quitté l’école à la suite d’une grossesse précoce.

©GASDeC - Safiatou helps a peer use the Hello Ado app to find nearby family planning services and trusted information.
Au lieu de rester spectatrice, elle a choisi d’agir. Avec d’autres filles, elle a co-créé un comité de santé scolaire pour offrir aux adolescentes, notamment à celles en situation de déplacement, un espace d’écoute, d’échange et d’orientation vers des services adaptés. Pour éviter de relayer des rumeurs, elle s’appuie aussi sur l’application Hello Ado pour vérifier les informations avant de les partager.
« Je pense que le gouvernement et ses partenaires devraient généraliser ces enseignements dans toutes les écoles du Mali. Ils sauvent simplement la vie des adolescentes et des jeunes dans les régions touchées par les conflits ».
Au Ghana, à la Koforidua School for the Deaf, Gladys Ayaw Oduro incarne cette même volonté de faire des droits une réalité concrète. Elle enseigne la santé sexuelle et reproductive à des apprenant·es en situation de handicap, un public particulièrement exposé aux violences, à l’exploitation et aux grossesses non intentionnelles. Grâce à une formation soutenue dans le cadre du programme O3, elle aborde avec davantage d’assurance la santé des adolescents, les violences basées sur le genre et la prévention des grossesses précoces.

Dans sa pratique, Gladys privilégie des méthodes concrètes, comme les jeux de rôle, pour aider les élèves à reconnaître un risque, à poser des limites et à demander de l’aide. Dans un environnement où le silence peut renforcer la vulnérabilité, cette pédagogie devient un véritable outil de protection. Son parcours rappelle une évidence encore trop souvent négligée : la justice pour les femmes et les filles ne peut être réelle si elle n’inclut pas pleinement les personnes en situation de handicap. Lorsqu’elle est adaptée, inclusive et concrète, l’éducation ne transmet pas seulement des connaissances ; elle construit aussi des protections durables.
Au Bénin, Marlène Juanita Quenum rappelle qu’un autre espace de transformation reste essentiel : la communauté. Selon elle, les leaders religieux ont un rôle stratégique à jouer dans la promotion durable de la santé, de l’égalité de genre et de l’éducation. Leur force tient à leur crédibilité sociale, à leur proximité avec les familles et à leur capacité à faire évoluer certaines résistances culturelles.
« Nous avons cette crédibilité sociale très élevée. Nous avons un accès direct à la communauté grâce à nos prêches, nos cultes. Nous avons aussi une capacité très élevée à lever les résistances et à favoriser un ancrage culturel ».
Pour Marlène Juanita Quenum, lorsque les leaders religieux sont formés, impliqués dans les politiques publiques et outillés avec des messages fondés sur les évidences, ils deviennent des alliés majeurs pour accompagner des changements durables. Ils peuvent aider à ouvrir le dialogue sur des sujets encore sensibles, à renforcer l’acceptabilité sociale de l’éducation pour la santé, et à faire progresser le respect des droits humains, de la confidentialité et de l’égalité de genre.
Safiatou, Gladys et Marlène Juanita Quenum n’ont ni le même âge, ni le même rôle, ni le même terrain d’action. Pourtant, leurs parcours se rejoignent sur un point fondamental : les droits des femmes avancent lorsqu’ils sont portés par des femmes qui les rendent concrets là où la vie se déroule réellement.
À l’école, dans les communautés et à travers l’accès à une information fiable, elles montrent que la justice ne se limite pas à des principes. Elle se construit dans une parole qui libère, dans un cours qui protège, dans une action collective qui redonne confiance et dans des relais de proximité capables de faire évoluer les normes. En cette Journée internationale des droits des femmes, leurs voix rappellent que défendre les droits des femmes, c’est aussi créer, chaque jour, les conditions pour qu’ils deviennent réels.