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De la voix à l’action : les jeunes redéfinissent la redevabilité au Cameroun
À Soa, en novembre 2025, quelque chose a changé dans la manière dont les politiques publiques prennent forme. Pendant trois jours, représentants ministériels, partenaires techniques, société civile… et jeunes engagés se sont réunis pour traduire un engagement régional en action nationale. Mais cette fois, les jeunes n’étaient pas simplement invités à la table. Ils en redessinaient les contours.
Tout commence en avril 2023, lorsque vingt-cinq pays d’Afrique de l’Ouest et du Centre, dont le Cameroun, adoptent l’Engagement de l’Afrique de l’Ouest et du Centre pour des adolescents éduqués, en bonne santé et épanouis (L’Engagement de l’AOC). Derrière cette déclaration, une ambition claire : transformer durablement les trajectoires des jeunes, en s’attaquant à des défis persistants comme les grossesses précoces et non intentionnelles (GPNI), les violences basées sur le genre (VBG), ou encore les inégalités d’accès à l’éducation et aux services de santé.
Mais un engagement, aussi fort soit-il, ne suffit pas. Il faut pouvoir en mesurer les progrès, en suivre les résultats, et surtout, rendre des comptes.
C’est tout l’objet du cadre de redevabilité validé en juillet 2025 à Lomé, fruit d’un processus régional nourri par la voix de plus de 600 adolescents. Une recommandation en ressort avec force : les jeunes doivent être impliqués à chaque étape, de la conception à l’évaluation.
Soa : un tournant national, une dynamique collective
Du 12 au 14 novembre 2025, le Cameroun franchit une étape décisive en adaptant ce cadre à ses réalités nationales. Autour de la table, une coalition inédite prend forme : ministères de l’Éducation, de la Santé, de la Jeunesse, du Genre, des Affaires sociales… tous mobilisés pour construire une feuille de route commune.
Loin d’un exercice technique, l’atelier devient un espace de co-construction. Chaque acteur apporte sa lecture, ses priorités, ses contraintes. Et au cœur de cette dynamique, une présence se distingue : celle de la Communauté des Jeunes Engagés (CJE).
Pour la CJE-Cameroun, l’enjeu est clair : ne plus être consultée, mais contribuer.
Deux de ses membres occupent des rôles clés dans l’organisation de l’atelier. Leur positionnement change la nature des échanges. Les discussions ne portent plus seulement sur les jeunes, mais avec eux, et souvent, grâce à eux.
Très concrètement, la CJE propose une série d’initiatives qui transforment la manière dont la redevabilité peut s’exercer sur le terrain :
- Des comités régionaux de jeunes, chargés de faire remonter des données locales, souvent absentes des circuits officiels
- Des mécanismes de veille sur les VBG dans les écoles, universités et communautés
- Un système digital de reporting pensé par et pour les jeunes, accessible, participatif, et ancré dans leurs usages
- Un tableau de bord communautaire, alimenté régulièrement par les organisations de jeunesse
- Une enquête nationale sur la satisfaction des adolescents vis-à-vis des services de santé, donnant enfin la parole aux premiers concernés
Ces propositions ne restent pas théoriques. Elles sont intégrées dans la feuille de route nationale.
L’un des résultats les plus structurants de ce processus est la création d’un Groupe Technique National Multisectoriel chargé du suivi de l’Engagement de l’AOC au Cameroun. Pour la première fois, des représentants de la CJE y siègent officiellement.
Ce n’est pas un symbole. C’est un mandat. Avec un objectif clair : garantir qu’au moins 30 % des membres des mécanismes de coordination soient des jeunes. Une reconnaissance institutionnelle qui repositionne la jeunesse non plus comme bénéficiaire, mais comme acteur de redevabilité, capable de suivre, d’analyser et d’interpeller.
Vers une nouvelle gouvernance de la santé des adolescents
À l’issue de l’atelier, quatre avancées majeures structurent la suite :
- Une feuille de route nationale co-construite, alignée sur les priorités régionales
- Une matrice de redevabilité claire, définissant rôles, indicateurs et sources de données
- Un mécanisme multisectoriel opérationnel pour piloter et suivre les progrès
- Une adoption officielle du cadre par les autorités sanitaires, garantissant son ancrage institutionnel
Mais au-delà des outils, c’est une transformation plus profonde qui s’opère.
La domestication du cadre de redevabilité au Cameroun ne se limite pas à adapter un dispositif régional. Elle redéfinit la manière dont les politiques publiques sont pensées et mises en œuvre : de façon plus ouverte, plus collaborative, et surtout, plus responsable.
Et dans cette transformation, une évidence s’impose : lorsque les jeunes participent pleinement, les systèmes deviennent non seulement plus inclusifs, mais aussi plus efficaces. Car au fond, qui mieux que les jeunes pour dire ce qui fonctionne, ce qui manque, et ce qui doit changer ?