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Journée internationale de la jeunesse: quand une conversation devient une vocation

Dans le couloir du Service de santé scolaire et universitaire pour adolescents et jeunes (SSSU-SAJ) de Dabou, en Côte d’Ivoire, deux adolescentes ralentissent le pas. Elles viennent de participer à une séance de sensibilisation sur le cycle menstruel, la contraception et la santé sexuelle et reproductive animée par Noura Fatim Touré. L’une se tourne vers l’autre.

« Ehhh, si elle ne nous avait pas appelées, tu allais tomber enceinte aujourd’hui… c’était fini pour toi. »

Quelques minutes plus tôt, rien ne distinguait cette activité des nombreuses autres organisées dans le cadre de la promotion des contenus de l’application Hello Ado. Puis les deux jeunes filles s’approchent de Noura, un peu à l’écart. Elles lui confient qu’elles avaient prévu de retrouver leurs petits amis ce jour-là. La conversation qu’elles viennent d’avoir les pousse à reconsidérer leur décision.

« Merci, grande sœur. On partait rejoindre nos gars, mais après cette discussion, on a décidé de rentrer chez nous et de prendre le temps de réfléchir. »

Le jour où une vocation est née

Lorsque les deux adolescentes s’éloignent, Noura reste un instant immobile. Elle avait déjà animé de nombreuses discussions sur ces sujets. Pourtant, cette fois, quelque chose est différent. Elle réalise que quelques minutes de dialogue, au bon moment, peuvent parfois suffire à changer le cours d’une vie.

« Cette discussion m’a fait réaliser l’impact que je pouvais avoir sur la vie des jeunes. Je n’étais pas une inconnue dans ces moments-là, mais leur grande sœur, celle à qui elles pouvaient se confier et poser des questions sans avoir l’impression d’être jugées. »

Ce jour-là, une certitude s’impose.

« Je me suis dit : c’est ce que je veux faire comme métier. Améliorer la santé sexuelle et reproductive des adolescents et des jeunes, les sensibiliser et leur permettre de prendre des décisions éclairées concernant leur sexualité. »

Sans encore le savoir, cette conversation dans le couloir d’un centre de santé va orienter chacun de ses choix.

À la rentrée suivante, elle s’inscrit en licence de Gestion de projet. Quelques années plus tard, elle poursuivra jusqu’à l’obtention d’un Master en Gestion de projet, spécialité Suivi, Évaluation, Redevabilité et Apprentissage (MEAL).

Transformer un engagement en expertise

Le choix de ses études n’est pas le seul à être guidé par cette vocation.

Engagée depuis 2021 dans le Programme Nos Droits, Nos Vies, Notres Avenir (O3) de l’UNESCO à travers l’ONG OSEFF, puis membre de la Communauté des jeunes engagés de l’Afrique de l’Ouest et du Centre en Côte d’Ivoire depuis 2023, Noura découvre progressivement une autre dimension de l’engagement des jeunes.

Au-delà de la sensibilisation, elle comprend qu’ils peuvent aussi contribuer à suivre, analyser et améliorer les politiques publiques qui les concernent.

« J’ai progressivement compris que la participation des jeunes ne se limite pas à leur implication dans les activités, mais repose également sur leur capacité à comprendre, suivre, analyser et questionner la mise en œuvre des politiques publiques qui les concernent. »

CJE CI

Lorsque vient le moment de choisir son sujet de mémoire, la décision lui paraît évidente. Elle consacre ses recherches à la redevabilité de l’Engagement de l’Afrique de l’Ouest et du Centre (AOC) en Côte d’Ivoire, une initiative qu’elle avait d’abord découverte sur le terrain avant de contribuer à sa promotion auprès d’autres jeunes.

« L’UNESCO ne m’a pas seulement permis de découvrir et de promouvoir l’Engagement AOC à travers le programme O3 ; elle m’a également donné les outils pour en faire un véritable objet de recherche, d’analyse et d’engagement professionnel. »

Ses recherches lui permettent de travailler étroitement avec les équipes de l’UNESCO et les acteurs de l’Engagement AOC. Au fil des échanges, elle développe une compréhension approfondie des mécanismes de redevabilité, construit un réseau professionnel solide et acquiert une expérience qui dépasse largement le cadre universitaire.

Quelques mois plus tard, elle obtient son Master avec la mention Très bien.

Une trajectoire qui prend tout son sens

Avec le recul, Noura voit un fil rouge relier ces différentes étapes. Une conversation avec deux adolescentes. Un engagement de terrain. Des études. Un mémoire. Une expertise naissante.

Aucune de ces étapes n’aurait eu exactement la même forme sans la précédente. Ensemble, elles ont dessiné le parcours d’une jeune femme qui a choisi de faire de son engagement une profession.

Le programme O3 ne lui a pas tracé un chemin. Il lui a offert des occasions d’apprendre, de s’engager et de développer son potentiel. C’est Noura qui les a saisies et transformées, au fil des années, en une expertise qu’elle souhaite aujourd’hui mettre au service d’autres jeunes.

L’avenir, à hauteur de jeunesse

Aujourd’hui, Noura souhaite contribuer à des programmes qui placent les jeunes au cœur de la conception, du suivi et de l’évaluation des politiques publiques qui les concernent, non comme bénéficiaires, mais comme partenaires du changement.

Les deux adolescentes croisées cet après-midi-là ne savent probablement pas que cette conversation a aussi changé la vie de celle qui les écoutait. Elles sont reparties avec des informations qui leur ont permis de faire un choix plus éclairé. Noura, elle, est repartie avec une conviction qui continue aujourd’hui de guider chacun de ses choix.

Depuis, elle accompagne à son tour d’autres jeunes à faire des choix éclairés pour leur avenir, comme quelqu’un l’a un jour aidée à comprendre que quelques minutes d’écoute peuvent parfois changer une trajectoire.

Diplome Noura