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De Nairobi à Naarm (Melbourne) : les jeunes de l’AOC en route vers Women Deliver 2026

À l’approche de l’échéance 2030 des Objectifs de développement durable, les mouvements féministes africains, les organisations dirigées par des jeunes et d’autres acteurs de la société civile se rassemblent de plus en plus dans un environnement plus contraint : rétrécissement de l’espace civique, montée des rhétoriques anti-droits et forte pression sur les financements dédiés à la santé et aux droits sexuels et reproductifs (SDSR).

C’est dans ce contexte qu’une concertation régionale africaine en amont de Women Deliver 2026 s’est tenue à Nairobi (24–26 novembre 2025). Son objectif était d’aligner les priorités du continent, de renforcer les alliances intergénérationnelles et de façonner une feuille de route commune de plaidoyer vers Women Deliver 2026, prévu à Naarm (Melbourne), du 27 au 30 avril 2026.

Une dynamique continentale… et un ancrage assumé en afrique de l’ouest et du centre

Au-delà de sa portée panafricaine, la concertation a réaffirmé l’importance de coalitions régionales capables de porter des messages communs tout en restant ancrées dans les réalités locales. Pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre (AOC), le défi est double :

  • porter une voix régionale cohérente sur les SDSR et la prévention des violences basées sur le genre (y compris en ligne) ;
  • remettre de l’ambition dans la mise en œuvre, là où l’écart entre engagements, budgets et résultats reste le plus coûteux pour les filles, les adolescentes et les jeunes femmes.

Dans ce contexte, la participation de jeunes d’AOC, y compris des membres de la Communauté des Jeunes Engagés de l’AOC (CJE-AOC), visait à garantir que les jeunes ne soient pas seulement représentés, mais positionnés comme acteurs de redevabilité : documenter les réalités vécues, dénoncer les écarts entre engagements et mise en œuvre, et contribuer à façonner la feuille de route de plaidoyer vers Women Deliver 2026.

Cette participation a été rendue possible grâce au soutien du Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA), qui a facilité l’engagement de deux leaders jeunesse de la CJE-AOC : Aida Brun (coordinatrice régionale) et Dr Sawadogo Djamilla (coordinatrice nationale pour le Burkina Faso), veillant à ce que les perspectives des jeunes d’AOC soient fortement représentées.

Au regard des inégalités persistantes de représentation dans cette région particulièrement vulnérable, un plaidoyer soutenu a été nécessaire pour permettre cette participation. Cette concertation constitue donc une opportunité clé pour assurer la visibilité de l’engagement AOC et pour que les voix des jeunes d’AOC nourrissent la préparation de Women Deliver 2026.

Panel

 

“Des budgets, pas des promesses” : la ligne de mire vers women deliver 2026

Dans un article publié après la concertation, Jude Thaddeus Njikem (Sonke Gender Justice) souligne la nécessité d’éviter un schéma bien connu : de fortes déclarations suivies d’une mise en œuvre limitée. Il appelle à une position africaine claire et exigeante, centrée sur le financement, la protection de l’espace civique et l’application réelle des engagements — résumée par la formule « des budgets, pas des promesses ».

Ce cadrage déplace volontairement la discussion vers des éléments vérifiables : des financements assortis d’échéances, des mécanismes publics de redevabilité, une protection des défenseur·e·s des droits et des résultats mesurables.

Le communiqué de presse annonçant la concertation met en avant l’ampleur des risques liés aux retraits ou réductions de l’aide, notamment des impacts potentiels sur l’accès à la contraception, une hausse des grossesses non intentionnelles et de la mortalité maternelle.[2] Il souligne également la nécessité de solutions plus robustes de financement domestique, à un moment où les besoins augmentent tandis que les ressources se contractent.

Pour l’AOC, l’engagement de la CJE-AOC dans ce type d’espaces est particulièrement stratégique : à mesure que les ressources se resserrent, la compétition pour l’attention politique s’intensifie — et la capacité des jeunes à documenter les impacts réels, exiger des comptes et proposer des voies pragmatiques devient un levier décisif.

Ce que l’AOC et la CJE-AOC veulent faire évoluer d’ici 2026

La concertation met en avant des pistes très concrètes, en écho à des priorités déjà poursuivies dans plusieurs pays d’AOC :

  • une note de position africaine commune exposant les priorités en matière de SDSR et de justice de genre pour Women Deliver 2026 ;
  • des outils de plaidoyer et des plans d’action nationaux pour soutenir la ratification et la mise en œuvre de la Convention de l’UA pour mettre fin aux violences à l’encontre des femmes et des filles ;
  • un mécanisme de redevabilité porté par les jeunes et un cadre d’engagement pour suivre les progrès et maintenir la pression au-delà des grands rendez-vous internationaux ;
  • des mesures pour permettre une participation significative des jeunes dans les processus de décision.

Lors des échanges, Dr Sawadogo a souligné un défi récurrent : la ratification seule ne suffit plus sans mécanismes crédibles de suivi et d’application.

À l’horizon Women Deliver 2026, la valeur ajoutée de la CJE-AOC peut précisément se situer là : relier les engagements internationaux aux réalités de terrain (écoles, services, accès à l’information, prévention des violences) et soutenir une redevabilité à double sens — envers les décideurs, et envers les communautés.

Constatant la faible représentation des jeunes d’AOC dans les concertations internationales, la CJE-AOC a continué d’amplifier les voix sous-représentées en plaidant pour une consultation régionale en ligne afin d’élargir la participation en amont de Women Deliver 2026. C’est exactement le type de résultat qui permet de transformer une présence en progrès : ancrer le plaidoyer international dans une consultation plus large et relier les moments globaux à des étapes concrètes de redevabilité.

Une objection majeure à anticiper

Une critique fréquente est que les grandes conférences internationales absorbent du temps et de l’énergie tout en produisant, au final, surtout des déclarations. La réponse formulée à Nairobi consiste à lier la participation à des livrables concrets : des engagements publics assortis d’échéances, des mécanismes de suivi, de la transparence sur les financements et une redistribution réelle du pouvoir — y compris vers les jeunes et les organisations de terrain. Dans cet esprit, la CJE-AOC se concentre sur la traduction des moments de concertation en actions suivies et redevables, avec un leadership jeunesse et des priorités portées par les communautés pour guider la suite.

Portrait picture Aida & Djamila

 

Références 

AllAfrica — Melody Chironda, “Africa Demands Sexual, Reproductive Rights Action, Not Promises, at Women Deliver 2026”, 2 décembre 2025.

Sonke Gender Justice — Communiqué de presse, “African regional convening towards Women Deliver 2026…”, novembre 2025 (texte “Issued by Sonke Gender Justice”).

Women Deliver — Page officielle “Women Deliver 2026 Conference (WD2026)” (dates et lieu de WD2026).

YouTube — Panel reprenant les interventions des jeunes d’AOC, video: https://www.youtube.com/watch?v=ZuGmEz1aiyA