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De la stigmatisation à la force : le parcours d’Honorine avec le VIH au Cameroun

Les gens disaient qu’elle ressemblait à « quelqu’un qui vit avec le VIH ». Dans les ruelles autour de sa maison, au Cameroun, des enfants se moquaient d’elle, prétendant que les éruptions sur sa peau la faisaient ressembler à une grenouille, qu’elle se transformait en monstre. À la maison, personne ne lui expliquait pourquoi elle était toujours malade. Pendant longtemps, Honorine n’a pas su ce qui se passait dans son corps, ni pourquoi elle devait avaler ces comprimés amers qu’elle cachait parfois ou jetait discrètement à la poubelle.

Honorine a perdu son père du sida alors qu’elle était très jeune. Personne ne lui a expliqué ce qui s’était passé, ni ce que cela pouvait signifier pour elle. Peu après, sa propre santé a commencé à se dégrader. Elle était constamment malade, maigre, épuisée, couverte de douloureuses éruptions cutanées. Au lieu de réponses, elle et sa tante ont reçu des explications teintées de superstition : un guérisseur traditionnel leur a affirmé que son père l’aimait tellement qu’il voulait qu’elle « meure avec lui ». En l’absence d’informations claires, les rumeurs ont envahi le silence. À l’école et dans le quartier, on colportait des commérages, on la montrait du doigt, on riait. Elle est vite devenue « la fille qui est toujours malade », celle qui ne pouvait pas sortir de chez elle. La honte et l’isolement pesaient aussi lourd que la maladie elle-même.

Lorsqu’elle a enfin été testée à l’hôpital, le résultat était sans appel : Honorine vivait avec le VIH. Mais même à ce moment-là, sa famille ne s’est pas assise avec elle pour lui expliquer ce que cela signifiait. Enfant, elle ne voyait dans les comprimés et les visites à l’hôpital qu’une charge supplémentaire. Sans compréhension, il était facile d’oublier des prises, de faire semblant d’avoir pris son traitement alors qu’elle l’avait discrètement jeté. Son corps en a payé le prix. Elle est restée très malade, et les éruptions sur sa peau sont devenues une marque visible de plus, la mettant encore davantage à l’écart.

Tout a commencé à changer lorsqu’à 15 ans, elle a rencontré des conseillers qui ont décidé que le silence n’était plus une option. Honorine a rejoint un groupe de soutien pour adolescents vivant avec le VIH, soutenu par le Programme O3 de l’UNESCO, qui appuie la mise en œuvre d’une éducation pour la santé et le bien-être dans des environnements scolaires sûrs et inclusifs et met les jeunes en lien avec des services de santé adaptés. Là, pour la première fois, elle a reçu des informations claires, adaptées à son âge, sur le VIH, le traitement et ses droits en matière de santé sexuelle et reproductive. Elle a écouté d’autres jeunes partager des histoires douloureusement familières. Petit à petit, la connaissance a pris la place de la peur.

« Dans ce groupe, j’ai tellement appris. C’est là que j’ai trouvé le courage de parler, avec confiance et liberté. Comprendre le fonctionnement de mon traitement m’a aidée à le prendre au sérieux. Être entourée de pairs confrontés aux mêmes difficultés m'a fait réaliser que je n’étais pas seule, et certainement pas un monstre. Les animateurs ne se sont pas contentés de transmettre des informations médicales : ils m’ont aidée à reconquérir ma dignité, à me réapproprier mon corps et à me projeter dans l’avenir ».

En grandissant, Honorine a aussi dû affronter les pressions et les rapports de pouvoir dans ses relations. Des amis l’encourageaient à accepter les avances d’un homme qui la courtisait depuis longtemps. Lorsqu’elle a finalement accepté d’être avec lui, il a rompu peu après, lui disant qu’il ne pourrait jamais être avec « quelqu’un qui est séropositif ». Ce fut un moment brutal, mais aussi un tournant. Grâce au langage, aux connaissances et à l’estime de soi acquis au fil des années, elle a commencé à voir clairement comment la stigmatisation, la désinformation et les inégalités de genre enferment les jeunes femmes dans des situations néfastes. Elle a choisi, au contraire, de fixer ses propres limites et d’exiger l’honnêteté de tout futur partenaire.

Aujourd’hui, Honorine parle ouvertement de son statut sérologique. « Je peux en parler partout », dit-elle. « Même si tu me stigmatises, cela ne m’atteint plus. » Elle encourage les parents à parler de santé, de sexualité et de VIH avec leurs enfants, plutôt que de cacher la vérité. Pour les jeunes qui ne peuvent pas avoir ces informations à la maison, elle les invite à se tourner vers des organisations de confiance, à poser des questions et à résister à la pression des pairs. Son message aux autres personnes vivant avec le VIH est tout aussi ferme : gardez la tête haute, informez votre partenaire de votre statut et rappelez-vous que le respect de soi est la base d’une vie saine.

Image retirée.

Honorine étudie aujourd’hui les soins infirmiers et travaille comme mannequin – deux voies qui peuvent sembler très éloignées l’une de l’autre, mais qui, pour elle, poursuivent le même objectif : utiliser sa visibilité pour faire évoluer les mentalités. Lors de son premier concours de mannequinat, la cause qu’elle a choisi de défendre était la lutte contre la stigmatisation et la discrimination liées au VIH ; le public l’a élue candidate préférée. En tant que future infirmière, elle rêve de s’asseoir auprès de jeunes patients, de leur raconter son histoire pour qu’ils ne se sentent pas aussi seuls qu’elle l’a été.

Grâce au Programme O3 de l’UNESCO, des jeunes comme Honorine transforment une enfance marquée par le silence, la honte et la désinformation en une force puissante de changement. En investissant dans une éducation fiable, des services adaptés aux jeunes et des environnements scolaires et communautaires inclusifs, le programme ne se contente pas d’améliorer la santé individuelle ; il contribue à transformer la manière dont les familles, les communautés et les sociétés dans leur ensemble parlent du VIH, de la sexualité et des droits des jeunes.

 

Source: https://www.unesco.org/fr/articles/journee-mondiale-de-lutte-contre-le-sida-de-la-stigmatisation-la-force-le-parcours-dhonorine-avec-le